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Des fleurs, des tissus et un savoir-faire exceptionnel

Marcelle Guillet perpétue l’art de son arrière-grand-mère.

Fabricant de fleurs artificielles, la maison Guillet est créée en 1896 par Marie Guillet, arrière-grand-mère de la dirigeante actuelle. Marie Guillet, brodeuse de chasubles religieuses, s’installe à Paris à la mort de son époux. Elle apprend alors le métier de fleuriste. Elle fabrique des fleurs de tissus pour les églises et les mariées. Son fils André lui succède. Il crée essentiellement des feuilles pour les garnitures de chapeaux. Il les exporte également, par wagons, dans les pays d’Amérique du Sud. Puis Marcel rejoint André, son père, durant la Première guerre mondiale, et débute la confection de fleurs de décoration. La maison Guillet réalise notamment dans les années 1950 toutes les vitrines des grands magasins (Printemps, Galeries Lafayette) à Paris. C’est aussi à partir de cette période que des décors grandioses seront reconstitués, place Vendôme, lors de la visite du roi George VI d’Angleterre, mais également pour les vitrines des maisons Hermès, Gucci, Caron, Elisabeth Arden… Les semaines précédant la Sainte-Catherine, de nombreuses catherinettes affluent dans l’atelier pour l’achat de fleurs. En 1970, au départ de son père Marcel, Marcelle Lubrano-Guillet rejoint son mari aux commandes de l’entreprise. Raymond Lubrano poursuit toujours la réalisation de décors de grandes institutions tels les opéras Bastille et Garnier… Jusque dans les années 1980, la maison fleurit le palais des familles royales, des sultans et des princes saoudiens. Le cinéma et la publicité font également appel au talent et au savoir-faire de cette maison. Quant à Marcelle Lubrano-Guillet, elle s’est orientée vers la mode dans les années 1980. Ses premières créations furent pour Féraud, puis pour Chanel. Cette dernière lui ouvre les portes d’autres maisons de couture : Dior, Nina Ricci, Lacroix, Leonard, Guy Laroche, Balenciaga, Yves St-Laurent, Rykiel… Au contact des créateurs, elle appris à ne jamais dire non, même s’il faut parfois relever les défis les plus insensés. L’atelier renferme près de 20 000 outils rachetés au fur et à mesure de la fermeture des maisons. Ils constituent un patrimoine rare. Cette maison emploie une vingtaine de salariés et est situé à Paris, au 1, avenue Daumesnil dans le 12e arrondissement. Pour la pérennité de la maison et le maintien des savoir-faire, la maison Lubrano-Guillet appartient aux métiers d’art de Chanel depuis le 1er mars 2006, et continue par ailleurs à créer pour d’autres couturiers.

Encyclopédie du couvre-chef, Samedi midi éditions, p.199-200

Marcelle Guillet

Chapeaux et couturiers, automne 2011

Je ne vous cacherez pas la satisfaction que j’ai lorsque je feuillette un magazine de mode où plusieurs mannequins portent des chapeaux. Ce plaisir est fréquent car les chapeaux sont présents dans des publicités de parfums, des publicités de chaussures, sur les têtes de plusieurs vedettes bref, ils sont ENFIN de retour et c’est super! De plus, il y en a pour tous les goûts! Pour l’automne 2011, voici différents modèles vus sur les podiums, les photographies ont été empruntées à Vogue.com

Béret chez Missoni

Casque chez Prada

Casquette chez Hermes

Casquette chez Vuitton

Bibi chez Lanvin

Bibi chez John Galliano

Bibi chez Marc Jacobs

Large chapeau chez Gucci

Chapeau chez Galliano

Larges capelines chez Lanvin

Chapeau chez Dolce & Gabbana

Stephen Jones – poésie chapelière

Stephen Jones

Les artisans de la chapellerie font  rarement parler d’eux simplement parce que les chapeaux qu’ils créés sont la plupart du temps des accessoires complémentaires aux vêtements et que ces créations sont réalisées en collaboration avec les grands couturiers et les concepteurs de costumes.

Stephen Jones est une exception.

Depuis 1980, ce maître chapelier/modiste crée deux fois par année de magnifiques collections de chapeaux « construites comme des histoires complexes dans lesquelles chaque couvre-chef représenterait un nouveau chapitre ». p.43
http://www.stephenjonesmillinery.com

Au sujet de ses collections Jones dit : « lorsque je créais un chapeau, je devais concevoir un personnage complet. C’est pour moi l’excitation toute intime que procure la création d’une collection. En passant par les innombrables étapes de sa réalisation – inspiration initiale, recherche, esquisse, passage à la toile, choix des tissus, garnitures et baptème – chaque collection de chapellerie développe progressivement une véritable personnalité ». p 14

Ses collaborations haute couture sont impressionnantes : Marc Jacobs, John Galliano, Claude Montana, Givenchy, Emmanuel Ungaro, Balenciaga, Comme des garçons, Azzedine Alaïa, Dries Van Noten, Jil Sander…  Au sujet de ces collaborations  il dit  : « La création d’un chapeau est une sorte de conversation. Il s’agit tout simplement d’être en sympathie avec l’autre. C’est une question de respect ». p. 28

Ses collaborations au cinéma : chapeaux pour Audrey Tautou dans Coco avant Chanel en 2009, pour Cate Blanchett dans The Golden Age en 2006…. Sa clientèle : Madonna, Carla Bruni, Anna Piaggi, Björk, Céline Dion, Christina Aguilera, Mick Jagger,….

Audace, intelligence, humour, légèreté, équilibre et beauté sont les mots qui défilent à la vue  des chapeaux de ce grand artisan.

Les citations rapportés plus haut ont été tirées du livre Stephen Jones & l’accent de la mode aux Éditions de la Martinière paru en 2010.

Dior – automne 2011

Marc Jacobs – automne 2011

Coco avant Chanel

Stephen Jones – automne/hiver 1998-1999

http://www.stephenjonesmillinery.com/04biography/cv.php

MODISTE

MODISTE : s. f. ou s. m. – CHAP., TECH. Ce métier se différencie de celui de chapelier. Vers 1750, le dictionnaire de Trévoux définit les modistes comme « des personnes, sans distinction de sexe, qui s’attachent à suivre les modes ». À l’origine, les modistes dépendent des merciers et se regroupent avec les fleuristes et les plumassiers sous la même corporation en 1776. Appelées « faiseuses » ou « marchandes de modes », elles ont le privilège de garnir et d’enjoliver les robes, les habits de cour, dominos et autres vêtements de femmes et d’enfants dans lesquels entrent des gazes, crêpes, dentelles, velours, rubans, plumes, fleurs …Elles réalisent aussi des chapeaux, des bonnets, des fichus, des mantilles … Rose Bertin fut l’une des premières modistes. Elle s’est distinguée en créant des coiffures pour la reine Marie-Antoinette au XVIIIe siècle. La maison de modes au sens moderne du terme apparaît à la fin du XVIIIe siècle. Le métier de modiste se dévelope considérablement au XIXe siècle avec Caroline Reboux et au XXe siècle, suivant ainsi l’essor du chapeau féminin.

Pour devenir modiste, l’apprentissage tel qu’il se pratiquait aux XIXe et XXe siècles ne suffisait pas. Les modistes avaient l’habitude de dire que le talent  ne s’enseignait pas : l’art de chiffonner, de modeler, de garnir, d’assortir, d’apprécier le coiffant, les proportions…était inné ; l’apprentissage, indispensable, n’était là que pour orienter. Les modistes comme les grands couturiers ont leurs célébrités : Jeanne Blanchot, Les soeurs Legroux, Madeleine Panizon, Rose Valois, Rose Descat, Suzanne Talbot, Agnès, Paulette, Jean Barthet, Gilbert Orcel, Claude St-Cyr. Certains couturiers ont débuté comme modistes : Jeanne Lanvin, Coco Chanel, Elsa Schiaparelli ; d’autres ont toujours présenté eux-mêmes une collection de chapeaux, comme Jacques Fath, Christian Dior, Yves St-Laurent, Cristobal balenciaga, Hubert Givenchy….

Les métiers de chapelier et de modiste sont aussi très différents. Bien que réalisant le même produit, ils ont une conception différente du chapeau et font appel pour sa fabrication à des savoir-faire particuliers. Les chapeliers sont le plus souvent spécialisés et ne travaillent que certaines matières : feutre, paille, tissu…Ils produisent en grande série ou en série limitée des chapeaux d’homme et de femme classiques.

Encyclopédie du couvre-chef, Samedi midi éditions, p. 259

L'Étalage de la modiste - Jean-Émile Laboureur, 1912

Illustration : René Gruau - 1944